La première question à se poser avant de se pencher sur cette rencontre est de savoir si Stefanos Tsitsipas est en pleine possession de ses moyens et s’il a totalement récupéré de sa blessure au bras droit, qui l’avait contraint à abandonner dès son entrée en lice à Bercy. De ses propres mots, il n’est pas encore à 100%. « Ces deux derniers jours, je me suis entraîné avec une petite douleur, mais ça va tout de même mieux qu’il y a cinq ou six jours. Je vais dans la bonne direction et je fais tout pour guérir ça rapidement. » Il va dans la bonne direction mais il a été contraint d'annuler une séance d'entraînement cette semaine en raison de cette douleur au coude... Et les rumeurs d'un remplacement par Jannik Sinner circulent dans les coulisses piémontaises... L'Italien s'est même entraîné pendant une heure ce dimanche avec Novak Djokovic...

Depuis sa finale perdue à Roland Garros, le Grec n’est plus aussi performant que lors de la première moitié de saison. Si ses résultats n’ont pas été catastrophiques (demi-finaliste à Toronto et Cincinnati), c’est loin d’être suffisant pour un Top 5 mondial. On le sait, c’est sur terre battue que le jeu de Tsitsipas s’exprime le mieux, mais il est tout à fait capable de tirer son épingle du jeu sur les surfaces plus rapides. On ne gagne pas le Masters si on n'est pas aussi un très bon joueur de dur et donc d’indoor. Le problème, c’est que cette saison, le Grec a du mal face aux tous meilleurs sur cette surface. En 2021, il n’a remporté qu’un seul des cinq matchs qu’il a disputés face au Top 10 sur cette surface et reste même sur quatre échecs de rang et un seul set marqué.

Par chance pour le Grec, Andrey Rublev se trouve dans une dynamique encore moins bonne que lui. Le Russe n’y arrive plus depuis sa finale à Cincinnati et même en indoor, une surface où il est habituellement extrêmement performant. Battu dès son entrée en lice à Moscou par Mannarino, il s’est ensuite incliné contre Van De Zandschulp dès les quarts à Saint-Pétersbourg avant de tomber d’entrée face à Fritz à Bercy. Il devra jouer à un tout autre niveau s’il veut espérer sortir de la poule et déjà remporter ce match face à Tsitsipas. Face au Top 5, Rublev s’en tire plutôt bien sur dur depuis 2019 puisqu’il présente même un bilan positif de 5 victoires pour 4 défaites. Mais attention, si on sait qu’il n’est pas très à l’aise avec les joueurs qui frappent très fort, les grands serveurs semblent aussi lui poser problème. Cette saison, il a par exemple perdu deux fois contre John Isner (sur dur, mais aussi sur terre battue), contre Hurkacz ou encore face à Struff. Le Grec est toutefois très loin de pouvoir se comparer à ces joueurs au service, d'autant plus s'il n'est pas à à100%.

Entre la blessure de Tsitsipas et le gros coup de moins bien de Rublev, c’est en tout cas un match qui s’annonce très indécis bien que le léger avantage conféré au Grec semble logique au vu de ce qu’ont montré les deux hommes lors des deux derniers mois.

L’œil de Florent Serra : Depuis Monte-Carlo, je ne trouve pas qu’Andrey Rublev ait les résultats et le niveau de jeu d’un membre du Top 5. Je trouve qu’il force beaucoup plus depuis plusieurs mois parce que les joueurs ont trouvé davantage de solutions pour le contrer. Et souvent, dans ces situations-là, il craque parce qu’il n’a pas vraiment de plan B. Il a souvent du mal contre les joueurs agressifs qui l’empêche de dicter le rythme. Je le trouve aussi encore un peu fragile sur les secondes balles. De son côté, Tsitsipas a un peu plus d’expérience en Masters même s’il n’avait pas très bien géré la dernière édition. Mais le Grec n’est pas non plus au top ces dernières semaines, il se dit même un peu blessé. Pourtant, il a vraiment les armes pour battre le Russe. Il se déplace bien du fond, il slice bien en revers, il fait des amorties, il varie, tout pour gêner Rublev. Mais la cote tient forcément compte des pépins physiques du Grec, sinon il aurait été plus bas selon moi. À 1.75, je trouve que Tsitsipas dispose d’une cote quand même intéressante et je le vois s’imposer dans ce match à condition qu'il soit opérationnel physiquement.

L’œil de Rodolphe Gilbert : Sur ce match, c’est un peu l’inconnu total. On a deux joueurs qui sont bien en dessous de leur meilleur niveau affiché en première moitié de saison. C’est moins marqué du côté de Tsitsipas, qui a moins bien joué, qui a perdu quelques matchs, mais Rublev est complètement dans le trou. Quand tu as enchaîné les contre-performances comme ce fut le cas pour le Russe, tu ne vas pas, d’un coup, jouer ton meilleur tennis dans un tel tournoi où la pression est importante. Ce serait surprenant qu’on assiste à un énorme match entre les deux. Sans être en pleine confiance, je pense que le Grec va jouer à un niveau plus élevé. Dans un moins bon jour, il est davantage capable de s’en sortir que Rublev. Pour toutes ces raisons, j’aurais tendance à partir sur Tsitsipas, dont la cote vaut le coup d’être tentée mais en partant du principe qu'il est apte à jouer son meilleur tennis. A mon avis, c'est typiquement le match où il ne faut pas parier avant le match mais plutôt en début de match une fois qu'on a pris le pouls de l'état physique du Grec.