Il y a deux façons de voir les choses. La première, basée sur la forme du moment et les impressions laissées durant ce début de Masters. De ce point de vue, Casper Ruud marque davantage de points que Andrey Rublev. Le Russe a vraiment du mal à boucler cette saison sur une note positive. Exceptée sa victoire face à Stefanos Tsitsipas lors de l’ouverture du Tournoi des Maîtres, le N°5 mondial restait sur 4 défaites prématurées (Indian Wells, Moscou, Saint-Pétersbourg, Paris-Bercy) contre des joueurs largement à sa portée (Tommy Paul, Adrian Mannarino, Botic van de Zandschulp, Taylor Fritz). Sans doute les symptômes d’une usure mentale et physique. Au contraire, le Norvégien a profité de la dernière partie de saison pour s’aguerrir et montrer ses progrès effectués sur dur. Un titre à San Diego, 3 quarts en Masters 1000 (Toronto, Cincinnati, Paris) et un supplémentaire à Vienne, un bilan prometteur.

À Turin, le 8ème joueur mondial a davantage inquiété Novak Djokovic que Rublev ne l’a fait. Son service, maintenant très au point, et ses coups droits bombés et giclants (19 gagnants contre Norrie) sont des armes intéressantes en indoor, en tout cas pas moins efficaces que le style « rouleau compresseur » du Russe, à qui il manque clairement un plan B face à un défenseur tel que le numéro un mondial. La seconde manière de voir les choses donne en revanche l’avantage au puncheur moscovite. Sur dur intérieur, les statistiques penchent nettement en sa faveur. Dans cet environnement, il a glané 4 trophées, dont un cette année à Rotterdam. Ruud ne s’est encore jamais imposé dans ces conditions de jeu. Aussi, le fils de Christian n’a encore jamais réussi à gagner, ni même à prendre une manche à un membre du TOP 10 sur dur intérieur.

Son ratio ? 7 revers et 15 sets concédés pour aucun marqué donc. Son succès mercredi contre Cameron Norrie n’entre pas en ligne de compte, le Britannique étant… 12ème mondial. Dans ce duel qui s’avère être un véritable quart de finale, le vainqueur accédant à coup sûr au dernier carré, on peut imaginer que les deux jeunes hommes, dans des conditions assez rapides, vont s’appuyer sur leur service. Tous les deux sont capables de claquer une dizaine d’aces et de remporter au moins 80% de points derrière leur première balle. Reste à savoir lequel sera le meilleur relanceur, capable de faire jouer une fois de plus l’adversaire afin de le pousser à la faute. En ce moment, on serait tenté de faire un tout petit plus confiance à Casper Ruud. Sauf que les précédentes confrontations ont à chaque fois tourné à l’avantage d’Andrey Rublev : 4 matchs, 4 victoires, deux fois à Hambourg en 2019 et 2020, mais aussi deux cette saison, à l’Open d’Australie et Monte-Carlo. Mais c’est aussi justement depuis le mois d’avril que le Norvégien a considérablement pris conscience de son potentiel de « top player », alignant 5 titres en 5 mois, dont un sur dur. Ne pas oublier enfin la gestion de l’événement, une rencontre décisive qui offrira une première demie au Masters. Qui va le mieux gérer ses émotions ? Voilà de quoi assister à un match qui s’annonce passionnant et indécis. Pourtant, les bookmakers donnent un net avantage au Russe (tendance 65/35).

Lœil de Florent Serra : Je me méfie d’Andrey Rublev, car contrairement à ce que disent certains, je pense qu’il est encore assez au point sur le plan physique. Même s’il ne joue pas bien depuis cet été, je trouve que Casper Ruud est presque l’adversaire idéal pour le Russe. Il va avoir le temps pour attaquer et ne sera sans doute pas pris de vitesse. Les derniers adversaires qui l’ont battu possédaient justement cette capacité à prendre tôt. Rublev va pouvoir faire parler sa qualité de puncheur et mettre à distance le Norvégien. Le fait qu’il mène 4/0 dans leurs confrontations ne me surprend pas. Il faudra juste faire attention à la dimension émotionnelle. C’est une première possibilité de jouer une demie en Masters pour les deux joueurs. Lequel va le mieux gérer cette situation ? Pour moi, le Russe est au-dessus. Cela dit, les cotes (1,50 Rublev, 2,60 Ruud) sont trop écartées. Ruud est bien trop haut, vu son niveau actuel et ses progrès sur dur. Ainsi, comme c’est bien la cote du Norvégien qui est intéressante, je ne me vois pas miser pour Rublev, ni pour Ruud que je vois perdre.

Lœil de Rodolphe Gilbert : En ce qui me concerne, je trouve qu’Andrey Rublev n’est pas très impressionnant en ce moment. Je le trouve un peu en méforme. Il n’a qu’un plan de jeu. Au contraire, je suis agréablement surpris par Casper Ruud. Il a bien commencé son premier Masters. Il tente des choses et frappe bien la balle. Il a beaucoup progressé dernièrement, même sur dur. Les cotes m’ont conforté dans l’idée de partir sur le Norvégien, ou au moins de lui accorder un set...