Il n’y aura donc pas de nouveau Maître parmi les Maîtres. Après Andy Murray, Grigor Dimitrov, Alexander Zverev, Stefanos Tsitsipas et Daniil Medvedev, tous victorieux pour la première fois entre 2016 et 2020, le prochain vainqueur du Masters ressentira un air de déjà vu au moment de soulever la coupe. C’est donc la fin d’une gouvernance tournante qui aura duré 6 éditions - record égalé avec la période 1974-1979 -, puisque Novak Djokovic s’était imposé en 2015, un an avant le sacre de l’Écossais. Pour l’Allemand comme pour le Russe, il s’agira de remporter pour la deuxième fois le prestigieux trophée, après 2018 pour le premier, 2020 pour le second. Pour Medvedev, voici même l’occasion de réussir le doublé, une performance seulement réalisée par 8 joueurs, le dernier en date se nommant… Djokovic. Le numéro deux mondial assiérait aussi sa domination sur dur intérieur débutée il y a un peu plus d’un an : un total de 23 victoires en 25 rencontres - personne n’a fait mieux -, avec au passage un titre au Masters, un au Rolex Paris Masters et une finale dans ce même tournoi de Paris-Bercy. Mais sur dur, extérieur et indoor confondus, Zverev n’a pas grand chose à envier à son adversaire, même d’un point de vue statistique. Le N°3 mondial a gagné 30 de ses 34 derniers matchs dans ces conditions de jeu, avec une médaille d’or olympique (à Tokyo), un titre en Masters 1000 (Cincinnati) et deux demies (US Open et Paris-Bercy) à la clé.  

Il n’avait perdu que 16 jeux lors de la phase de groupes. En 6 manches disputées, cela donne une toute petite moyenne de 2,6 jeux concédés. Débarrassé du poids de boucler l’année tout en haut de la hiérarchie pour la 7ème fois en carrière, Novak Djokovic semblait clairement beaucoup plus cool et détendu en Italie qu’à Tokyo et New York. Peut-être même un chouïa trop, puisque Alexander Zverev, qui n’avait pourtant pas brillé lors de ses 3 premières rencontres à Turin (une victoire sur abandon contre Matteo Berrettini, une défaite face à Daniil Medvedev, un succès contre un Hubert Hurkacz diminué), a su en profiter (7-6, 4-6, 6-3). Si le Serbe a commis trop d’erreurs (29 fautes directes) et a manqué d’idées dans le jeu (seulement 12 points gagnants), le mérite en revient à l’Allemand qui s’est montré le plus solide lors des points importants. Ce fut le cas dans le tie-break du premier set, ainsi qu’en fin de match au moment de conclure sur son engagement (un total de 78% de réussite derrière sa première et 63% après sa seconde). Très fort aussi, la faculté de « Sacha » de tenir les échanges les plus longs, pour terminer quelques points avec de merveilleux et tranchants revers long de ligne. Au final, il aura remporté deux fois plus de points de plus de 9 coups de raquette que « Nole » (20 cont 10), ce qui relève de l’exploit quand on connait les qualités défensives du N°1 mondial.  

Après 3 rencontres remportées en 3 sets lors de la phase de poule, Daniil Medvedev a appuyé sur l’accélérateur. Il n’a passé qu’une heure et vingt minutes sur le court, tout juste le temps d’étouffer un Casper Ruud un peu trop timide, presque trop propre sur lui (6-4, 6-2). Attention, même s’il a bien été aidé par le Norvégien, coupable d’avoir commis 26 fautes directes, le Russe est allé chercher la victoire, montrant une nouvelle fois que son installation dans le TOP 3 mondial était bien partie pour durer. Jamais inquiété sur ses engagements (82% de réussite derrière sa première, 74% après sa seconde, aucune balle de break concédée), il a essoré le Scandinave dans les échanges les plus longs - 9 coups de raquette minimum - (18 points glanés sur 21), et a connu un maximum d’efficacité au filet (11 sur 15). Toujours sur un nuage en Masters - il vient d’enchaîner 9 succès de rang à cheval sur 2020-2021 -, le N°2 mondial semble habité par une confiance inébranlable et qui s’est renforcée depuis son sacre à l’US Open il y a quelques semaines.

Un titre en Grand Chelem, c’est pour le moment la principale différence entre les deux hommes. Car pour le reste, ils sont très proches. Dans les rencontres en deux sets, Zverev compte même un trophée supplémentaire dans les Masters 1000 (5 contre 4). Dans les confrontations, c’est Medvedev qui est tout juste devant son cadet (6/5). Mais l’affaire se gâte pour le frère de Mischa quand on jette un coup d’oeil sur les derniers affrontements. Le Russe reste sur 5 succès consécutifs. Il y a 15 jours, en demi-finale du Rolex Paris Masters, il a même infligé une claque à son adversaire (6-2, 6-2). Et cette semaine, il s’est de nouveau imposé (en 3 sets) lors de la phase de groupes. Clairement, Medvedev possède aujourd’hui un avantage psychologique sur Zverev. Face à l’Allemand, on le sent sûr de lui, sûr de ses forces. C’est l’une des raisons qui ont poussé les bookmakers à le placer en favori de manière relativement nette (1,50 contre 2,50). Deux autres arguments plaident en faveur du Russe. Sur le plan physique, il arrivera a priori en meilleure forme que l’Allemand. Medvedev a joué samedi après-midi et gagné facilement, alors que Zverev a terminé tard dans la soirée, après 2 h 30 de combat. Enfin, dans le jeu, si les deux hommes possèdent pas mal de similarités (gros service et capacité à attaquer fort comme bien défendre), le N°2 mondial dispose d’une meilleure couverture de terrain. Quand il est à 100% physiquement et qu’il a décidé de tout renvoyer, il devient un mur, une machine à balles. On peut imaginer voir l’Allemand avoir des difficultés à le déborder et finir par craquer dans les rallyes.

L’oeil de Florent Serra : Je vois Daniil Medvedev s’imposer. Sur le plan physique, il devrait être au-dessus, après les rencontres de la veille. Sur le plan psychologique, il a pris l’ascendant. Certes, Alexander Zverev a très bien joué contre Novak Djokovic, il a notamment été très bon au service, en première comme en deuxième. Mais côté russe, tout semble être un petit cran au-dessus. Attaque, défense, couverture de terrain, confiance. Face à Jannik Sinner, il s’est montré très offensif. Face à Casper Ruud, il a déroulé. Sur cette surface rapide, il joue bien, il frappe bien et joue vite. Je le vois aussi retourner souvent l’Allemand. Or, la relance sera sans doute avec le service l’une des clés du match.     

L’oeil de Rodolphe Gilbert : On attendait un remake de la finale de Paris-Bercy, mais on s’aperçoit une nouvelle fois dans ce genre de tournois (en 2 sets) qu’Alexander Zverev est capable de battre tous les meilleurs, dont Novak Djokovic. Il s’est montré fort et solide en demie hier soir, espérons jute pour lui que cette rencontre ne laissera pas trop de traces sur le plan physique. Il est logique de retrouver Daniil Medvedev comme favori. Il est peut-être plus frais et sur le plan psychologique, il a marqué son terrain face à l’Allemand. Cela dit, sur dur indoor, on peut s’attendre à un match très accroché, car les deux joueurs sont très proches. Au final, je pense que les deux peuvent s’imposer. Cette finale va se jouer à quelques détails. Si le match dure, l’aspect physique jouera en faveur du Russe.