Roger Federer a été le sportif le mieux "payé" au monde entre le 1er juin 2019 et le 31 mai 2020 avec 96 millions d'euros de revenus. En cinquième position il y a un an, le Suisse a été moins touché par l'arrêt des compétitions sportives que ses compères Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Neymar ou encore LeBron James. Novak Djokovic est lui en 23ème position avec 41 millions d'euros [voir ici le classement de Forbes] Chez les femmes, petit coup de tonnerre dans le microcosme du tennis avec l'émergence de Naomi Osaka (22 ans) qui a pris la tête des sportives les mieux rémunérées du monde (29ème position au général) avec 34 millions d'euros. La Japonaise a détrôné Serena Williams qui était la sportive la mieux payée au monde depuis 2015.

Mais ces chiffres cachent une réalité tout autre. Si le Suisse a pu se hisser sur la plus haute marche du podium, c'est parce qu'il ne tire que 10% de ses revenus du tennis et 90% de la publicité et du sponsoring, soit 90 millions d'euros en dehors des courts. Il est l'égérie la plus "bankable" de la planète devant LeBron James (53 millions) et Cristiano Ronaldo (44 millions). Seulement Roger Federer n'est pas représentatif des centaines de joueurs et joueuses professionnelles sur le circuit. Et les revenus publicitaires ne concernent qu'une partie infime des joueurs professionnels de tennis, généralement ceux qui brillent en Grand Chelem, la vitrine de la petite balle jaune.

Si on plonge dans les bas-fonds du classement ATP, on s'aperçoit que le 300ème mondial n'a touché que 43.000 euros de prize money en 2019, le 400ème 15.000 euros. Des revenus de la classe moyenne, bien loin de l'image que le grand public peut avoir des joueurs de tennis professionnels.

Comparons maintenant le tennis avec les autres sports. Prenons par exemple le revenu moyen pour les joueurs classés entre la 50ème et la 100ème place en terme de revenus :
-en NFL (football américain) : 11,68 millions d'euros annuels
-en MLB (baseball) : 11,67 millions d'euros annuels
-en NBA (basketball) : 11,59 millions d'euros annuels
-en NHL (hockey) : 5,47 millions d'euros annuels
-en PGA (golf) : 1,47 millions d'euros annuels
-en ATP : 520 000 euros annuels

Après avoir fait le constat que les revenus des joueurs et joueuses de tennis professionnels sont nettement inférieurs à leurs camarades, prenons en considération les coûts. Et là, on s'aperçoit que l'écart se creuse encore puisque les joueurs et joueuses de tennis doivent prendre à leur charge toutes leurs dépenses : trajets, staff, hébergement, nourriture... entre 25 et 35 semaines par an selon leur activité.

Pendant que Neymar empoche 67 millions d'euros par an de revenus sportifs ou Stephen Curry 34 millions d'euros annuels, revenus par ailleurs cohérents sur le marché par rapport à ce qu'ils génèrent comme revenus pour leurs clubs, nous avons Roger Federer qui gagne "seulement" 7 millions annuels de prize money. On peut imaginer les difficultés financières des joueurs lorsqu'on commence à descendre plus loin dans le classement...

Si les autres sports ont compris que la redistribution des revenus vers les sportifs étaient la clé de voute d'un système viable à long terme, les instances du tennis font la sourde oreille et récupèrent des contrats d'un milliard de dollars pour la diffusion en streaming des tournois.

Il y a un an, John Isner s'était exprimé dans une tribune dans Forbes sur cette situation (article à revoir ici). Plus récemment, c'est Karen Khachanov qui a soulevé ce problème de la répartition des gains par rapport aux coûts que représentent une année d'activité pour un joueur de tennis.

Le Russe a déclaré au média sportrbc qu'il dépensait 200 000 euros par an lorsqu'il était 150ème mondial et que désormais sa carrière professionnelle lui coûtait 500 000 euros par an. Ce budget sert à rémunérer son staff et couvrir tous les frais de déplacement et d'hébergement. A cela, doit s'ajouter les taxes et les impôts sur le prize money, ce qui représente environ 40% des 5,8 millions d'euros qu'il a gagné depuis le début de sa carrière professionnelle en 2013. En gros il lui reste 580 000 euros nets par an. Et on parle d'un joueur qui était 8ème mondial 'été dernier et installé dans le top 50 depuis trois saisons.

Le tennis est le 4ème sport le plus populaire au monde avec un milliard de fans (derrière le hockey sur gazon, le cricket et le football). Le tennis est pratiqué par 60 millions de personnes dans le monde réparties dans 205 pays. Rien qu'en France, le tennis génère une activité économique de 2,2 milliards d'euros par an.

prize money du circuit ATP

Peut-être cela peut-il expliquer la recrudescence des matches truqués dans le tennis. A part une toute petite élite qui représente moins de 10% des effectifs, les revenus des joueurs et joueuses de tennis professionnels ne sont pas au niveau de ce que le marché génère comparativement aux autres sports.

Certes le prize money a fortement augmenté en 2019 mais le total des gains pour tous les joueurs ATP sur toute l'année 2019 va s'élever à 114 millions d'euros hors Grands Chelems (un peu plus de 210 millions d'euros équitablement entre les hommes et les femmes).Messi à lui seul a un salaire annuel de 82 millions d'euros sans ses revenus publicitaires qui s'élèvent à 31 millions d'euros.

La situation est beaucoup plus inquiétantes aux échelons inférieurs en Challengers et ITF. Il est urgent que les instances prennent ce sujet à bras le corps.


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