Contrairement à ce qu'on peut penser, les joueurs de tennis ne roulent pas sur l'or. Seuls quelques dizaines de joueurs et joueuses peuvent compter sur des revenus publicitaires pour s'enrichir mais le circuit en lui-même offre beaucoup de moins d'opportunités de richesse que les autres sports.

Il y a un an, John Isner s'était prêté au jeu d'une tribune dans Forbes pour remettre en perspective les difficultés au quotidien des joueurs de tennis par rapport aux autres sportifs de haut niveau.

Parfois, je pense que la meilleure façon de faire comprendre ce qui entre dans la gestion des dépenses d’une carrière de tennis est de regarder un autre sport professionnel et de noter les différences. Imaginons que je sois Dirk Nowitzki par exemple, certes un peu plus grand et plus allemand que moi. Mon travail consiste à jouer et m'entraîner et faire quelques apparitions médiatiques ou marketing. Toute l'année, j'habite chez moi à Dallas. Quand Dallas joue à l'extérieur, je monte dans l'avion de la franchise et je dors à l'hôtel avec tout le monde. Les Mavericks disposent d'une équipe de professionnels, allant des cadres du siège social aux coaches, en passant par les kinés, les membres du personnel médical aux pom-pom girls, qui sont tous payés par la franchise pour me soutenir et m'aider ainsi que le reste de l'équipe. [Je suis certain néanmoins que Dirk, dans sa quête constante d’excellence, a payé de sa poche des traitements supplémentaires et des séances d’entraînement, en particulier pendant l'intersaison].

Pensez maintenant au tennis. Et commençons par les frais généraux. Par exemple, lorsque je voyage en Grand Chelem, je dois chercher un endroit pour me loger sur place avec ma famille et mon staff. En plus de moi, 256 joueurs et joueuses (sans compter ceux et celles qui participent aux qualifications) cherchent des maisons souvent dans le même quartier proche du tournoi et au même moment. On peut ajouter à cette liste les touristes, les équipes de télévision, les médias et l’ensemble du personnel qui travaillent sur le circuit. Forcément, les prix s'envolent. Par exemple, à Wimbledon cette année [en 2019], j'ai trouvé une belle maison à quelques pas du All-England Club pour environ 30 000 livres pour la durée du tournoi. Le prize money pour le premier tour à Wimbledon est de 45 000 livres. A cela, il faut rajouter les vols, les salaires et les frais de mon staff, ce qui ferait qu'une défaite au premier tour entraînerait de lourdes pertes.

John Isner et toute sa team à Wimbledon en 2018

J'ai mon staff au complet auprès de moi tout au long de l'année. J’ai un entraîneur - il s’appelle David MacPherson, et il est l’un des meilleurs entraîneurs du monde - et j’ai un chiropracteur, Clint Cordial, qui veille à ma santé. Je paie leurs salaires. Je paie leurs vols lorsque nous voyageons dans le monde une fois par semaine, et je paie leurs hôtels ainsi que leurs repas pendant les tournois. Les entraîneurs sont payés en fonction de mes résultats. Donc ils récupèrent une partie de mes gains du prize money. Bien que cela varie d'un joueur à l'autre, les contrats standards sur le circuit ATP pour les entraîneurs sont un salaire fixe majoré d'un pourcentage du prize money du jour avec un bonus basé sur le classement de fin d'année. Et pour gérer tout ce business qui peut s'apparenter à une petite entreprise, il faut payer une agence de gestion qui récupère environ 10% à 20% de mon chiffre d'affaires. Cela me permet de me concentrer uniquement sur le tennis.

Les taxes doivent également être prises en compte dans le débat. Prenons, à titre d’exemple, le prix de 45 000 livres de prize money au premier tour de Wimbledon: ne me citez pas, mais je pense que le taux d’imposition britannique est d’environ 45%. Bien sûr, chaque pays est différent mais ce que j'essaie de dire, c'est que les taxes sont importantes, et c'est quelque chose à garder à l'esprit car il ne faut pas croire que le prize money est net d'impots. Enfin, le seul autre point de comparaison avec Dirk que je voudrais faire est que mes dépenses sont en grande partie des coûts fixes et irrécupérables, quel que soit le montant de mes revenus. J'essaie évidemment de ne pas prendre l'habitude de perdre toute l'année lors des premiers tours, mais le tennis est un sport où rien n'est garanti. Alors que, quels que soient les résultats des Mavs, l’ensemble du personnel de la franchise continue d'être payé de la même façon. Contrairement à Dirk, moi je suis dépendant de mes résultats.

Je tiens à préciser que je considère les dépenses comme quelque chose de normal à gérer et non à éradiquer. Mes entraîneurs, mes proches et mon agence ont tous contribué à faire de moi le joueur que je suis aujourd’hui. J'aime construire une équipe autour de moi et pouvoir faire vivre un groupe de personnes est l’un des meilleurs sentiments que j’ai ressentis au cours de ma carrière. J'imagine que beaucoup de patrons d'entreprise vont me comprendre. Il est difficile de mettre un prix sur le fait de pouvoir voyager avec la famille et les amis pour qu’ils me réconfortent pendant que je joue. Ce que je veux dire, c'est simplement que pour tout cela, il y a effectivement un prix à payer.


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