Gilles Simon était notre invité il y a un mois sur Tennis Break News. Mais loin d'être lassé, c'est avec un certain intérêt que nous continuons d'apprécier ses prises de position franches. Il était à ce titre ce mercredi soir l'invité de l'émission « Smash club » sur la chaîne Twitch de son ami Gaël Monfils. Très critique envers Noah Rubin, il a souligné aussi un manque de cohérence et de clarté autour de l'organisation de l'US Open. Le Français s'est étonné aussi de l'ampleur de la polémique qu'a pris l'Adria Tour, même en France. Il tenait à rappeler le rôle essentiel qu'a eu le Serbe, dans l'ombre, pendant la suspension du circuit.

Le premier débat s'est porté sur la reprise du circuit alors que la pandémie continue de sévir dans beaucoup de pays à travers le monde et notamment aux Etats-Unis : « La Fédération américaine est dans son rôle de vouloir organiser l'US Open. En tant que joueur, tant qu'on parle uniquement de prize money, on a une grande liberté. On peut décider d'y aller, jauger si ça vaut le coup de prendre le risque d'aller aux Etats Unis... Et puis vient la question des points. Et là, il y a le flou général, personne ne connait les règles. On organise l'US Open mais on ne sait pas si les points comptent pendant 2 ou 6 mois.. et là, forcément, tu n'es plus libre du tout. Ce n'est plus pareil. Tant qu'on n’a pas la réponse, je ne peux pas me positionner. Pour moi, on ne devrait pas mettre de points. Comme ça chacun est libre de faire ce qu'il veut. Mais les organisateurs ont le cul entre deux chaises. Ils ne disent rien sur ce sujet et il ne faut pas s'inquiéter, ils continueront à ne rien dire. Ils veulent donner des points car contractuellement, ils sont obligés de le faire pour des raisons de droits TV. Mais d'un autre côté, on leur dit « attendez, vous ne pouvez pas organiser un truc sachant que tout le monde n’est pas certain de venir ». Par exemple, les sud-américains, s'ils sortent, ils ne peuvent pas rentrer pendant trois mois chez eux. A partir du moment où c'est galère, franchement, je ne pense pas qu'il faut mettre des points. Mais pas de points, ça ne signifie pas « pas de tournois ». Le plus important, quand tu as des règles, c'est de les avoir depuis le début et là, on ne les a pas. On sait qu'on a les tournois mais pour ceux qui ne peuvent pas venir, c'est un peu fourbe. »

Gilles Simon est revenu également plus précisément sur les conditions drastiques d'accueil des joueurs sur les tournois et des répercussions si un incident venait à survenir : « Les règles sanitaires correspondent à la situation du pays en l'état actuel. Et on te dit, « ne t’inquiète pas, dans deux mois, il n’y aura pas tout ça. » Mais dans le fond, la vérité, c'est qu'on n’en sait rien et donc ce n’est pas agréable. Les premières règles qui ont été édictées et qui se sont assouplies, c'était de rester en quatorzaine dans une espèce de confinement déguisé où tu faisais hôtel-tournoi-hôtel-tournoi avec des tests tous les jours. Mais quand on arrive là-bas, si le test te dit que tu es positif, tu ne peux pas rentrer chez toi et dois rester 14 jours à l'hôtel ? C'est là qu'on souhaite des réponses en tant que joueur. S'il y a un cas, tout le monde est testé, et là, il se passe quoi ? On enlève tous les mecs du tableau ? Si on est déjà au 3ème tour, ça veut dire qu'il y aura une vague de forfaits générale... Tous ces trucs-là ne sont pas prévus, car les mecs se sont dit, « nous on va organiser le truc, on va mettre de l'argent, on va donner des points et après on va se démerder ». Et ben, on est en plein dans le « on se démerde ». Chacun est dans ses intérêts. D'un côté, les Américains se disent : « non mais c'est nickel ici, par contre, on ne veut pas aller en Europe ». Les autres disent : « ben nous, c'est l'inverse ». Bref, c'est laborieux. »

Interrogé sur la polémique autour du désastre sanitaire de l'Adria Tour, Gilles Simon a eu ensuite peu de mots sur la responsabilité de Novak Djokovic : « C'est quelqu'un de très intelligent, donc tomber dans un truc aussi grossier, il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. ». Mais le Français s'est surtout employé à expliquer les coulisses de cette polémique : « C'est compliqué de se prononcer sur les répercussions de tout cela car ce n'est que de la politique. Tu auras ceux qui auront envie de ne pas donner trop d'importance à cet événement, comme l'US Open et Roland Garros. Ils vont charger Djokovic en disant que c'est entièrement de sa faute et que ce sera mieux organisé de leur côté. Car ils n’ont pas envie que ce truc-là se répercute sur leur tournoi. Il y a un paquet de gens qui sont bien contents d'affaiblir Djoko car il prend de la place et là, il vient de tendre une perche magnifique pour se faire fracasser donc il ne va pas y louper. Si ça avait été un autre joueur, ça n'aurait pas fait deux Une de L'Equipe d'affilée sur le tennis alors que ce n’est pas arrivé depuis je ne sais combien de temps [rire]. Ce n’est pas anodin, ça ne tombe pas par hasard. »

Le joueur français n'a pas manqué d'épingler aussi Noah Rubin, qui a beaucoup commenté cette affaire et avait d'ailleurs sévèrement critiqué l'organisation de l'Adria Tour avant que les tests positifs ne soient révélés (« Fermez vos gueules » : Noah Rubin dézingue notamment Novak Djokovic) : « La première vague de violence contre Djokovic, elle est très révélatrice. Depuis quand Noah Rubin a une page entière pour démolir Djokovic ? T'imagine qu'ils sont allés chercher beaucoup beaucoup de gens pour en arriver à Noah Rubin. Ce n’est pas le premier mec, tu te dis, « sur l'actu, alors là, il nous faut absolument l'avis de Noah Rubin [rire]. L'influence fédérale qu'on a ici en France, les Américains l'ont aussi chez eux. Donc, quand tu as un scud téléguidé qui part de Noah Rubin vers Novak Djokovic, t'es en droit de te demander si ça ne vient pas de là. »

Gilles Simon défend ensuite Novak Djokovic sur cette fameuse conférence Zoom organisée début juin, qui a réuni 400 personnes et que le numéro 1 mondial aurait manqué : « Noah Rubin lui a reproché de pas avoir été présent dans cette réunion Zoom. Mais Djokovic, il a passé 1500 heures au téléphone pour défendre son cas sans qu'il le sache. Il lui reproche de pas avoir été à la conférence finale alors qu'il avait discuté de tous les sujets avec tout le monde en amont. Novak a fait beaucoup plus pour Noah Rubin que beaucoup d'autres mecs, mais lui, il a décidé qu’il ne l’aimait pas parce qu’il n’était pas à la conférence qui résumait toutes les réunions qu'il s'est cogné pendant trois mois. C'est le problème qu'on a avec les joueurs, c'est que tu peux donner la parole à n'importe qui, tu trouveras toujours des mecs pas d'accord et qui n’ont pas une vision d'ensemble parce qu'ils ne sont pas sur le circuit depuis si longtemps. Novak il va gagner 0 centime d'euro en plus à la fin de l'année, ça ne change rien à sa vie qu'on double le prize money en qualification de Grand Chelem, mais il se fait chier pour le faire. Comme Novak essaye de faire beaucoup de choses, ça énerve beaucoup de gens.. et en ce moment, il énerve l'USTA qui veut jouer le tournoi, ils essaient de rassurer tout le monde mais quand t'as le numéro 1 mondial qui dit « non, non on joue pas dans ces conditions », forcément ils ne sont pas contents. C'est très étonnant de voir des joueurs américains à charge contre Novak Djokovic parce qu'il a dit qu’il ne voulait pas jouer chez eux. On a tout un groupe qui dit « non mais il faut jouer chez nous absolument ».

Interrogé enfin sur la polémique des propos du père de Novak Djokovic, Gilles Simon en a profité pour évoquer sa popularité par rapport à Roger Federer, regrettant que le numéro un mondial fasse tant d'efforts pour être aimé : « Il faut juste accepter que Roger ce n’est pas seulement Roger dans le tennis mais dans le monde entier. C'est le sportif le plus aimé, tu ne peux pas lutter. Même si Djokovic faisait 22, 25, 36 Grands Chelems, il pourra dire qu'il a été le plus fort.. mais les gens préféreront Roger quand même. Novak, quand il oublie qu'il est moins aimé et qu'il se dit, comme à Wimbledon l'année dernière « ok vous êtes tous contre moi, ben allez tous mourir, je vais le niquer », et bien il est imbattable, tu le vois dans ses yeux. Quand il veut avoir l'air cool, il ne joue pas aussi bien et il n’est pas aussi fort car il n’a pas la même détermination. Et moi, j'adore ces moments où il s'oublie et il donne l'air de dire « Ok, les gens t'aiment plus que moi mais tu sais quoi ? Je vais te planter quand même ».

Crédit Photo : Antoine Couvercelle / Tennis Magazine / Panoramic